Quand un enfant ou un ado lâche, au détour d’une dispute ou d’un silence pesant, cette fameuse phrase : « Je vais partir, vous ne me reverrez plus », une onde glacée parcourt l’échine des parents. Impossible de ne pas imaginer le pire, surtout à l’approche de l’automne où la rentrée, le changement de saison et la fatigue s’emmêlent parfois dans la marmite familiale. Si la fugue reste un acte rare, la menace, elle, surgit plus souvent – un signal, parfois un cri, jamais à prendre à la légère surtout en cette période de turbulences émotionnelles. Comment ne pas céder à la panique, savoir décoder ce qui est vraiment en jeu et agir sans casser ce fil ténu de confiance ?
Se retrouver face à la menace de fugue : rester serein, c’est possible
Qu’on soit parent d’un ado en ébullition ou d’un plus jeune qui se sent incompris, il n’est jamais anodin d’entendre ces mots. Avant de se laisser submerger par l’inquiétude, il s’agit de décoder ce qui se joue vraiment : véritable détresse ou maladresse de langage ? Attardons-nous d’abord sur ces signaux pour (re)trouver notre sang-froid.
Décoder ce qui bouillonne derrière la menace de fugue
Saisir la portée réelle des paroles, c’est faire la part des choses entre un « coup de bluff » et un mal-être persistant. Un enfant peut menacer de fuguer soit pour provoquer, soit parce qu’il ne se sent plus écouté. Surtout, gardons en tête que menacer n’est pas fuguer. Mais cette parole mérite toujours notre attention, sans tomber dans la panique immédiate : la fugue réelle reste rare, même chez les adolescents.
La provocation masque souvent des émotions bouillonnantes : frustration, colère, tristesse, sentiment d’injustice ou de solitude… Derrière un « j’en ai marre, je pars », il y a parfois juste un trop-plein à évacuer, une tentative pour exprimer qu’on existe, qu’on souffre ou qu’on a peur de ne pas être entendu.
Laisser parler, c’est souvent tout l’inverse de ce que l’on voudrait faire dans ces moments (on aimerait passer un savon, non ?)… Pourtant, créer un petit espace d’expression, où chacun a le droit de dire « ça ne va pas », sans interruption, ni jugement, peut faire toute la différence. On pose une ambiance, on invite à déposer ce qui pèse. Même si ce n’est qu’un murmure, c’est souvent déjà beaucoup.
Adopter la bonne posture : entre écoute attentive et cadre sécurisant
Garder son sang-froid : pas simple lorsque la perspective de la fugue s’invite en pleine soirée ou le matin d’un contrôle ! Pourtant, en maintenant un ton posé et en respirant un grand coup (même intérieurement), on montre à notre enfant que l’adulte tient la barre – même si la tempête gronde.
Le plus délicat ? Trouver le ton juste : éviter de minimiser (« Bah, c’est du cinéma ! ») mais aussi de partir dans le grand drame (« Tu veux me rendre malade ? »). L’important est de valider l’émotion (« Je vois que tu souffres ») sans forcément valider le passage à l’acte, et d’ouvrir le dialogue autour des raisons qui poussent l’enfant à évoquer la fugue. Parfois, un simple « Explique-moi ce qui te traverse » permet d’ouvrir une porte.
Enfin, poser un cadre rassurant apaise tout le monde. Il ne s’agit pas de menacer ou de tout interdire. Plutôt de rappeler en douceur ce qui relie : les repères, les règles, l’attention portée au bien-être familial. Les rituels simples (repas partagés, moments de parole « off », balades après l’école…) ont ce pouvoir magique de réancrer, sans braquer.
Savoir reconnaître les signaux d’alerte et où chercher de l’aide
Tous les enfants ne réagissent pas de la même façon. Mais certains comportements doivent pousser à surveiller la situation de plus près et, si besoin, à demander de l’aide.
- Changement brutal d’attitude (agressivité, isolement soudain, perte d’appétit, sommeil perturbé)
- Répétition des menaces (propos récurrents sur le fait de vouloir partir ou se sentir « de trop »)
- Actions concrètes (affaires cachées prêtes, argent de poche rassemblé, repérage d’itinéraires)
- Rupture de dialogue totale
- Mots ou écrits évoquant une fuite ou un sentiment de désespoir
Ne pas s’isoler face à la souffrance d’un enfant, c’est primordial. Parents, enseignants, amis proches, peuvent former un filet de sécurité autour de l’enfant : en parler à une personne de confiance peut souvent désamorcer le passage à l’acte.
En cas de doute ou si le malaise s’installe, n’attendez pas que la situation s’emballe : le dialogue avec des professionnels (médecin, psychologue, personnel scolaire) est un pas courageux, jamais une faiblesse de parent. Parfois, quelques séances suffisent à renouer le fil. Il n’y a pas de honte à chercher de l’aide – c’est même un acte de prévention salutaire.
Prendre du recul pour mieux accompagner : il y a toujours une issue, même quand la situation semble critique
Pour finir, il est utile de confronter nos peurs avec la réalité, et surtout de sortir du sentiment d’impuissance. Oui, la fugue est une épreuve redoutée, mais rarement inéluctable. Le plus souvent, l’enfant a besoin d’être entendu, encadré, soutenu. La clé ? Comprendre et gérer la menace ou l’idée réelle de fugue chez un enfant ou un adolescent, au lieu de la nier ou de s’y enfermer. Avec du dialogue, un filet de repères, une dose de patience et cette vigilance bienveillante propre aux parents, il est toujours possible de traverser la tempête.
| Causes fréquentes | Conseils pour agir |
|---|---|
| Conflit familial, remontrances, sentiment d’injustice | Favoriser l’expression des émotions, reformuler sans jugement, rappeler qu’on tient à lui |
| Problèmes scolaires ou harcèlement | Dialoguer avec l’école, proposer un temps pour écouter sans précipiter les solutions |
| Besoin d’indépendance, envie de tester les limites | Encadrer sans enfermer, valoriser l’autonomie là où c’est possible |
| Isolement ou rupture de lien social | Encourager les rencontres, s’ouvrir à de nouvelles activités (sport, clubs…) |
Ce qui compte, c’est d’oser tendre la main, même quand la communication semble rompue. Effilocher à petits pas ce tapis d’angoisse, préférer les questions ouvertes aux injonctions, et ne jamais négliger le moindre message – même mal emballé – qui sort de la bouche de nos enfants. Parfois, derrière la fugue fantasmée, il y a surtout la quête d’un peu plus de lumière, de sécurité et de reconnaissance.
À l’aube de cet automne qui s’étire, chaque parent peut trouver, dans les craquements du parquet familial, la matière à rassurer son enfant : main tendue, oreille attentive et espoir inébranlable. Et si la tentation de la fugue vous effraie, souvenez-vous : il n’existe pas de recette magique, mais une vigilance aimante et une bonne dose de dialogue forment, la plupart du temps, le meilleur des refuges.

