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Je pensais que seuls les seniors risquaient gros pendant la canicule : quand une infirmière m’a montré qui arrive vraiment aux urgences, j’ai compris que je me trompais depuis toujours

On imagine souvent les urgences estivales peuplées de personnes très âgées, fragiles, terrassées par la chaleur au fond de leur appartement. La réalité, en plein cœur de l’été, est pourtant bien plus contrastée. En accompagnant une infirmière dans son service un après-midi étouffant, j’ai découvert un tableau que je n’avais jamais imaginé : des femmes enceintes prises de vertiges, des ouvriers du bâtiment effondrés sur un chantier, des joggeurs ramenés inconscients d’une forêt. La canicule qui traverse la France ces jours-ci ne cible pas seulement nos aînés, loin s’en faut. Elle frappe large, silencieusement, et souvent là où personne ne l’attend. Voici ce que j’ai compris en observant les brancards défiler, et pourquoi les messages de prévention gagneraient à s’adresser à bien d’autres profils que ceux qu’on cite habituellement.

Ces profils invisibles que la canicule envoie aux urgences avant les seniors

Dans le couloir du service, l’infirmière m’a désigné une jeune femme allongée, une main posée sur son ventre arrondi. À côté, un homme d’une quarantaine d’années, casque encore accroché à sa ceinture, venait d’être admis après un malaise sur un chantier en plein soleil. Un peu plus loin, un coureur d’une trentaine d’années, ramassé désorienté sur un sentier forestier, récupérait sous perfusion. Aucun senior en vue à cet instant précis, alors même que le thermomètre affichait 38 °C dehors. Cette scène, banale pendant les épisodes de forte chaleur, contredit frontalement l’idée reçue selon laquelle la canicule ne menacerait que les plus âgés. Femmes enceintes, travailleurs extérieurs, sportifs amateurs : ces populations remplissent les box des urgences bien plus qu’on ne le croit, et souvent dans un état préoccupant. Le point commun ? Elles ne se sentent pas concernées par les alertes diffusées à la radio, persuadées que la vigilance rouge ne s’adresse qu’à leurs grands-parents.

Grossesse, chantier, running : pourquoi le corps lâche sans prévenir

Derrière ces trois profils, trois logiques différentes, mais une même issue. Chez la femme enceinte, la thermorégulation est modifiée : le corps doit refroidir non seulement sa propre température, mais aussi celle du fœtus, ce qui augmente la sollicitation cardiaque et le risque de déshydratation. Une exposition prolongée à la chaleur peut entraîner malaises, contractions prématurées et complications qu’on ne soupçonne pas toujours. Chez l’ouvrier du BTP, du couvreur au paysagiste, l’accoutumance joue un rôle trompeur : à force de travailler dehors, on croit son corps rodé, on repousse la pause, on oublie de boire. Le coup de chaleur d’effort survient alors brutalement, parfois avec perte de connaissance. Chez le sportif amateur, notamment le coureur du dimanche, c’est le déni du danger qui domine : partir courir à 14 heures un jour de canicule au nom de la performance ou de la routine. Le corps prévient peu, et lâche vite. Trois populations actives, en bonne santé apparente, qui se retrouvent pourtant sur un brancard avant les octogénaires que l’on croyait plus vulnérables.

Le paradoxe de l’aidant âgé : celui qui protège finit par s’effondrer

Il existe un dernier profil, plus discret encore, que l’infirmière a tenu à me montrer : celui de l’aidant senior. Un homme de 74 ans venait d’être admis, épuisé, déshydraté. Sa faute ? Avoir passé la journée à rafraîchir sa femme atteinte d’Alzheimer, à lui faire boire de l’eau, à l’éponger, à baisser les volets, à surveiller la climatisation du salon. Pendant ce temps, lui n’avait presque rien avalé. Celui qui protège finit par s’effondrer, exactement comme la personne qu’il veillait. C’est un angle mort des campagnes de prévention : on répète aux familles d’appeler leurs aînés, mais on oublie que ces aînés sont souvent eux-mêmes des aidants, focalisés sur un conjoint plus fragile, un parent encore vivant à la maison, un frère malade. Ils sortent moins, s’inquiètent davantage pour l’autre que pour eux-mêmes, et minimisent leurs propres symptômes : fatigue, maux de tête, jambes lourdes. Ces signaux, ils les repèrent chez leur conjoint, mais pas chez eux. Résultat : ils basculent en un après-midi, parfois trop tard.

Repérer les oubliés de la prévention avant que le thermomètre ne s’affole

Ce que j’ai retenu de cette visite, c’est qu’aucun profil n’est réellement à l’abri pendant une canicule. Les urgences ne sont pas remplies uniquement de personnes très âgées : elles accueillent aussi des femmes enceintes, des travailleurs extérieurs, des sportifs et des aidants seniors, tous convaincus que le danger était pour les autres. Voici ce qu’il faut surveiller autour de soi ces jours-ci :

  • Une future maman qui minimise ses vertiges ou sa fatigue.
  • Un proche qui travaille dehors et refuse de faire des pauses à l’ombre.
  • Un coureur ou un cycliste qui maintient son entraînement aux heures chaudes.
  • Un aidant âgé tellement concentré sur son conjoint qu’il oublie de boire.

La prochaine étape est simple : repérer autour de soi ces personnes qu’on ne pense jamais à alerter, leur proposer un verre d’eau, un coup de fil, une pièce fraîche. Et si nous revoyions notre définition de la « personne à risque » avant que le thermomètre ne s’affole à nouveau ?

Source : Santé publique France.