Ce matin-là, à la sortie de la boulangerie, une affiche de l’EFS m’a arrêtée net. « Donnez votre sang. » J’ai souri tristement, persuadée depuis des années d’être devenue trop vieille pour cela. À 62 ans, une amie m’avait glissé que « passé la soixantaine, on ne prend plus personne ». Par curiosité, j’ai décroché mon téléphone et composé le numéro de l’Établissement français du sang. Ce que j’ai appris ce jour-là a balayé toutes mes certitudes.
Combien sommes-nous, en France, à avoir renoncé au don sur la foi d’une conversation de comptoir ou d’un souvenir vague ? À l’heure où les réserves de sang restent tendues, notamment en été, cette idée reçue coûte cher aux patients qui en ont besoin. Voici ce qu’il faut savoir pour ne pas passer à côté d’un geste simple, gratuit, et parfois vital.
La phrase d’une amie qui m’a privée de dix ans de dons
Tout est parti d’un déjeuner entre copines, il y a près de dix ans. Nous parlions engagement, bénévolat, générosité. Une amie, très sûre d’elle, avait lâché : « De toute façon, passé 60 ans, ils ne veulent plus de toi. » J’avais hoché la tête, un peu déçue, et rangé cette phrase dans un coin de ma mémoire. À partir de ce jour-là, je n’ai plus jamais tenté ma chance. Je passais devant les collectes sans même ralentir, convaincue de faire partie de celles qu’on remerciait poliment avant de les renvoyer chez elles.
Cette croyance, je l’ai découvert bien plus tard, est largement partagée. Beaucoup de sexagénaires en bonne santé se persuadent que leur sang ne « vaut plus » celui d’un jeune adulte, ou qu’un critère d’âge strict les met automatiquement hors-jeu. Résultat : des donneurs fidèles s’auto-excluent, sans jamais poser la question à l’organisme concerné. Une conversation informelle, quelques mots mal interprétés, et voilà des années de dons potentiels effacées d’un revers de main. C’est précisément ce qui m’est arrivé.
Ce que l’EFS m’a réellement répondu au téléphone
La voix au bout du fil a été claire et bienveillante. En France, le don de sang total est possible jusqu’à 70 ans inclus. Mieux : pour les donneurs déjà inscrits, il n’y a pas de limite d’âge stricte, sous réserve d’un avis médical favorable lors de l’entretien pré-don. Autrement dit, l’âge seul n’est jamais un motif d’exclusion automatique avant 70 ans. Ce sont l’état de santé général, les antécédents, les traitements en cours et la forme du jour qui priment.
Concrètement, avant chaque don, chaque candidat passe un entretien confidentiel avec un professionnel de santé. Celui-ci vérifie la tension, le taux d’hémoglobine, écoute, questionne, et donne son feu vert ou reporte le rendez-vous. Pour les nouveaux donneurs, la première inscription est possible jusqu’à 65 ans. Ensuite, les donneurs déjà connus de l’EFS peuvent continuer, avec une vigilance accrue à partir de 66 ans grâce à un avis médical spécifique. La règle est donc bien plus souple que ce que l’on imagine, et surtout, elle est personnalisée.
Reprendre rendez-vous après 60 ans : ce que j’aurais aimé savoir plus tôt
Prendre rendez-vous est simple : le site de l’EFS et son application permettent de trouver la collecte la plus proche, en maison du don ou lors des collectes mobiles qui sillonnent les villes et les villages. Le jour J, prévoyez environ une heure sur place : accueil, questionnaire de santé, entretien médical, prélèvement d’environ 400 à 500 ml, puis collation obligatoire. Pour les femmes, le don de sang total est autorisé jusqu’à 4 fois par an, et pour les hommes jusqu’à 6 fois, avec un délai minimum de 8 semaines entre deux dons.
La voix des seniors compte particulièrement aujourd’hui. Avec le vieillissement général de la population des donneurs et des besoins qui restent élevés — près de 10 000 dons nécessaires chaque jour en France pour soigner malades et accidentés — chaque bras qui se tend pèse. Quelques conseils avant de se lancer : bien s’hydrater, ne jamais venir à jeun, éviter les efforts physiques intenses juste après, et signaler tout traitement en cours lors de l’entretien. Certains médicaments courants après 60 ans (antihypertenseurs stabilisés, par exemple) ne sont pas forcément incompatibles avec le don, à condition d’en parler ouvertement.
Si un doute subsiste, une seule règle : appeler l’EFS ou consulter son site officiel, plutôt que de se fier à une remarque entendue autour d’un café. Et transmettre l’information autour de soi, à ses proches, à ses voisins, à ses collègues fraîchement retraités. Combien de donneurs potentiels renoncent, comme je l’ai fait, sur la base d’un malentendu ?
À 62 ans, j’ai enfin repris rendez-vous. La sensation d’utilité, ce petit pansement rose posé au creux du coude, valait bien toutes les idées reçues effacées. Et vous, quelles certitudes vous empêchent peut-être d’accomplir un geste qui pourrait sauver trois vies en une seule visite ?
Source : Établissement français du sang (EFS).

