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Témoignages de sportives de haut niveau : la place de la femme dans le sport

©BALDINI/Pure People

La conférence « Femmes et sport de haut niveau », organisée par l’agence Beecommunications, a mis à l’honneur trois championnes sportives. C’était le 3 décembre dernier, chez Kedge business School à Paris.

Estelle Mossely, Antoinette Nana Djimou et Grace Geyoro, se sont confiées sur leur vie d’athlète de haut niveau.

Leurs ambitions

Grace Geyoro, à seulement 22 ans a déjà un beau palmarès dans le football féminin français. Championne du monde des – de 17 ans, vice-championne du monde des – de 20 ans, Grace Geyoro a fait partie de l’aventure de l’équipe de France à la dernière Coupe du Monde féminine en juin dernier. Son ambition ? « J’aimerais gagner le championnat de France et la Ligue des Champions avec le Paris Saint Germain. Et pourquoi pas remporter les Jeux olympiques en 2024 avec l’équipe de France ».

Estelle Mossely a fait vibrer la France en remportant l’Or Olympique aux Jeux de Rio en 2016. Elle est la première boxeuse française à être sacrée championne du monde après un titre olympique. Elle est aujourd’hui la 4e mondiale de boxe anglaise en poids légers. L’athlète espère que ses victoires et son beau parcours dans la boxe inspirent d’autres personnes à croire en leurs rêves.

Rien n’est impossible dans la vie. À chaque projet, remporter l’or olympique ou aujourd’hui devenir la meilleure boxeuse professionnelle, je le fais avec envie et détermination.

Estelle Mossely insiste sur la notion de désir et du libre arbitre du sportif pour performer au plus haut niveau. « C’est ensuite avec le travail qu’on y arrive et que l’on crée un univers autour de soi pour performer en tant qu’athlète ».

Antoinette Nana Djimou a été double championne d’Europe en salle de pentathlon (2011, 2013) et double championne d’Europe de l’heptathlon* (2012, 2014). À 34 ans, elle vient de remporter le Championnat de France de l’heptathlon, en août dernier. Son dernier défi avant de raccrocher les crampons ? « Je vais tout faire pour remporter une médaille aux Jeux olympiques 2020. Je vais profiter de cette dernière année de ma carrière pour prendre encore plus de plaisir ».

table ronde
©BALDINI

Leur regard sur le niveau de l’encadrement sportif en France

 Estelle Mossely vit aujourd’hui entre la France et les États-Unis. Un choix professionnel qui lui a permis de découvrir une approche différente du sport. Aux États-Unis, le sport est central dans la société, avec beaucoup plus de professionnalisme et de reconnaissance vis-à-vis du sportif. « Être champion là-bas a une grande signification, c’est une manière d’avoir réussi dans la vie. J’y ai découvert le savoir, la performance et le professionnalisme ».

Estelle Mossely est également revenue sur l’état actuel de la boxe anglaise féminine, sport devenu olympique depuis seulement 2012.

L’accès récent de la boxe féminine aux Jeux explique l’écart de niveaux, la sous-représentation des athlètes féminines par rapport à la boxe masculine.

Elles sont toutes unanimes sur la principale difficulté de la pratique de leur sport au quotidien : la préparation. Antoinette Nana Djimou, qui maîtrise 7 épreuves d’athlétisme, fait rire le public en déclarant : « l’entraînement c’est la chose la plus horrible qui existe. Le public vibre au moment de la victoire, mais ne voit pas ce qui s’est passé en amont, toutes les souffrances physiques et mentales pour en arriver là ».

De septembre à janvier, c’est la période que tous les athlètes détestent à cause de l’intensité des entraînements (foncier) et les conditions climatiques (froid, pluie, etc.).

Je suis un peu sadomasochiste, car je pratique sept disciplines ! Mais ça fait du bien de souffrir.

Pour la joueuse de football Grace Geyoro, la préparation avant-saison (été), est également la période la plus difficile. « On travaille beaucoup le foncier, on revient de vacances, ce n’est pas évident de se remettre dans le bain ». « Mais cette période de préparation est essentielle : c’est ce qui nous permet de prendre ensuite du plaisir en match ».

interview sportive haut niveau
©BALDINI

L’encadrement sportif au quotidien

Nos trois championnes ont ensuite abordé l’encadrement sportif dans lequel elles évoluent au quotidien.

Estelle Mossely est devenue boxeuse professionnelle en 2018. Le passage du sport amateur au sport professionnel a été une grande transition pour elle.

En amateur, Estelle Mossely, qui a évolué pendant dix ans en Équipe de France, suivait les directives de la DTN, le calendrier fixé un an à l’avance par la fédération, où tous ses déplacements étaient pris en charge. Un fonctionnement fédéral qui encadre et assiste les athlètes pour qu’ils puissent se concentrer uniquement sur le sportif.

Aujourd’hui c’est différent. En tant que boxeuse professionnelle, je suis la cheffe de mon entreprise sportive. C’est moi qui crée mon équipe, choisis mon préparateur physique, mon coach, mon promoteur. Étant une athlète connue, je choisis aussi mon diffuseur TV.

 « C’est une position plus agréable, car toutes les personnes de mon staff répondent à mes propres besoins. Par contre, il ne faut pas se tromper, il faut savoir prendre les bonnes décisions en tant que chef d’entreprise ».

Comment gérer son quotidien de sportive de haut niveau

Estelle Mossely a donc appris à gérer une entreprise parallèlement à la pratique de son sport.

Grace Geyoro, qui a quitté le cocon familial à l’âge de 13 ans, vit toute la semaine dans le centre d’entraînement du PSG.

On évolue dans un encadrement très structuré, on doit respecter des horaires. On s’entraîne tous les jours avec des entraînements spécifiques en fonction de l’adversaire du prochain match.

Grace Geyoro, la seule des intervenantes à évoluer dans un sport collectif, a également évoqué la concurrence entre les joueuses. « Ce n’est pas facile tous les jours, car nous voulons toutes être titulaires. Il y a de la concurrence entre nous. Cependant, le collectif doit primer sur nos ambitions individuelles ». Concernant son rôle dans l’équipe du PSG : « Je suis une des plus jeunes de l’équipe (22 ans). Par mes performances, j’essaie d’amener le plus loin possible l’équipe. J’essaie aussi par mon potentiel d’être leader dans le vestiaire en m’adaptant aux différentes personnalités ».

L’équilibre entre la vie d’athlète de haut de niveau et la vie de femme

Par l’exigence que requiert la pratique de l’heptathlon à haut niveau, Antoinette Nana Djimou, qui a commencé très jeune, s’est consacrée exclusivement au sport. Grâce à son talent, Antoinette Nana Djimou a commencé très tôt à gagner, et ses premières victoires l’ont poussée à poursuivre dans cette voie.

 « C’est très difficile, car j’ai choisi sept épreuves, je m’entraîne donc toute la journée ! ». Une réponse qui a fait rire aux éclats le public. « Quand j’étais à l’INSEP à Paris, j’ai eu la chance de faire des études parallèlement au sport. J’avais des horaires aménagés, mais c’était difficile d’allier les deux. Il fallait choisir : les études ou l’heptathlon. Après les Jeux de Rio, j’ai totalement changé de vie en m’installant à Montpellier. À ce moment-là, il me restait quatre années au haut niveau, j’ai décidé de me concentrer exclusivement au sport ».

Pour Estelle Mossely, la boxe n’a jamais été un obstacle aux études (diplômée d’un master en ingénierie informatique) et à la maternité. « Heureusement pour moi, je n’ai pas tout fait en même temps ». Contrairement à Antoinette Nana Djimou avec l’heptathlon, la boxe est un sport difficile et intense, mais qui ne nécessite pas huit heures d’entraînement par jour.

La boxe ne m’a pas empêchée d’être mère. Il faut surtout avoir de bonnes personnes autour de soi pour retrouver un haut niveau après l’accouchement. Et ce n’est pas évident. C’est pour cela que beaucoup de sportives de haut niveau repoussent le projet d’avoir un enfant à la retraite.

Le sport de haut niveau, un frein à l’épanouissement féminin ?

Estelle Mossely a été la cheffe de file des Jeux olympiques 2016 à Rio. Tout le monde se souvient d’elle au même titre que son ex-mari Tony Yoka, Teddy Riner et récemment Emilie Andéol et son triste témoignage sur sa vie après la médaille d’or. Mais qui se souvient des autres ? Remporter l’or a permis à Estelle Mossely de gagner suffisamment d’argent pour être indépendante, tant en termes professionnels que dans sa vie de maman et de femme épanouie.

Je ne me suis pas posé de question. Même si la fédération avait considéré que je devais m’arrêter, je savais que j’avais la capacité financière et intellectuelle pour revenir. D’ailleurs, j’ai performé très vite après. J’ai toujours fait les choses par envie.

Une sportive de haut niveau doit avant tout être une femme épanouie. « J’ai vu des femmes avorter deux semaines avant un combat, et je peux vous dire que cela impacte la performance sportive ».

L’économie dans le sport féminin de haut niveau

Pour Estelle Mossely, c’est l’image et la visibilité médiatique du couple en Or qu’elle formait avec Tony Yoka, qui a créé un cercle vertueux dans son écosystème.

La visibilité permet d’attirer des chaînes de télévision et des marques. On devient un produit que les gens veulent acheter. Mes principales sources de revenus sont donc les sponsors et la télévision qui diffuse mes combats.

Le sport, ce n’est pas que la performance. On ne réussit pas seulement en remportant des trophées. Le témoignage récent d’Emilie Andéol, judokate qui a remporté l’or aux Jeux olympiques de 2016, aujourd’hui au chômage, en est le parfait exemple. Il existe d’autres paramètres que la victoire pour réussir sur le long terme. Il faut pouvoir créer un engouement autour de la victoire pour que le nom de l’athlète soit ancré dans l’imaginaire collectif.

Quelles sources de revenus ?

Dans l’athlétisme, les sponsors sont la principale source de revenus. Antoinette Nana Djimou déclare :

La fédération m’offrait une prime uniquement si je gagnais des championnats européens. Mais je peux vous dire que le montant ne m’assurait pas dix ans de vie.

“Ensuite, la fédération a fait des efforts à ce niveau-là, en créant une ligue Pro pour verser des indemnités aux clubs. Ce qui leur permettait de nous verser un petit salaire chaque mois. Si je n’avais pas gagné de médailles internationales, j’aurais sûrement dû arrêter l’athlétisme. ». Sa principale source de revenus, c’est donc son sponsor, fidèle depuis ses débuts : l’équipementier ASICS.

Grace Geyoro est dans une autre configuration, car elle reçoit un salaire tous les mois de la part de son club, le PSG. Néanmoins, le salaire moyen d’une joueuse de football est de 4 000 euros. Soit 10 fois moins que le salaire moyen d’un joueur de Ligue 1. Nike et Coca Cola, sponsors officiels de l’équipe de France, ont également signé un contrat avec Grace Geyoro. La marque de boissons a contacté Grace après la Coupe du Monde en juillet dernier. Un contrat qui englobe des séances photo et la participation à des événements prestigieux.

Nike, également équipementier officiel du PSG, offre des vêtements et crampons à la joueuse. Le contrat inclut aussi une dotation financière et des primes exceptionnelles lors des compétitions remportées. Pour gérer cette partie financière, Grace Geyoro dispose d’un agent.

La parité dans les instances sportives

La question de la parité dans les instances sportives a également été abordée. Un enjeu clé auquel il va falloir répondre pour accompagner au mieux les sportives de haut niveau. Les dirigeants de fédérations, les entraîneurs, etc. sont majoritairement des hommes. Ce ne sont pas les meilleurs interlocuteurs pour répondre aux problématiques féminines. La création de dispositifs médicaux spécifiques aux femmes dans les fédérations est une piste. Les sportives de haut niveau actuelles doivent pouvoir prendre part aux décisions de leurs fédérations respectives.

Estelle Mossely, fondatrice de l’Observatoire du Sport féminin de haut niveau, souhaite créer des passerelles entre les sportives et les fédérations.

On doit proposer autre chose comme reconversion qu’un rôle de coach ou de consultante TV. Permettre à des sportives de haut niveau d’accéder à des postes de dirigeantes dans les fédérations.

(Aparté : on a beaucoup ri pendant la conférence sur la photo officielle qui a circulé avec la Ministre des sports, entourée uniquement d’hommes au conseil d’administration du GIE )…

La reconversion professionnelle

La conférence s’est terminée sur le thème de la reconversion.

Antoinette Nana Djimou est la principale concernée puisqu’elle mettra fin à sa carrière dans huit mois, après les JO Pékin 2020. Son dernier défi à 34 ans sera de ramener une médaille olympique en heptathlon à la France. Antoinette Nana Djimou sait déjà ce qu’elle veut faire après : consultante en image. Une deuxième vie commencera pour elle où sa position ne sera plus dans les starting-blocks, mais peut-être dans la direction artistique des athlètes français aux JO France de 2024. Une chose est sûre, sa détermination pour son projet de reconversion est au rendez-vous.

conférence sportives de haut niveau
©BALDINI/Pure People

Mot de l’organisatrice, Maya Meddeb, fondatrice de Beecommunications

J’ai beaucoup appris en organisant cette conférence. C’était intense, passionnant, exultant, mais aussi parfois, fatiguant, usant et même énervant. Quand on aime ce qu’on fait, c’est forcément passionnant. Et le chemin est aussi fatalement semé d’embûches.

“Avant la conférence, je l’avais imaginée plusieurs fois dans ma tête, et je suis ravie du résultat. C’était un beau moment de partage et d’échanges. Ces championnes se sont livrées sur leurs vies, leurs paroles transpiraient de détermination, d’humour, d’intelligence et de vision. Elles ont formé un superbe trio. Estelle Mossely, femme affirmée, sûre d’elle, Antoinette Nana Djimou, boute-en-train directe, et la plus jeune, Grace Geyoro, plus réservée et posée.”

“Elles nous ont ouvert les portes de leur quotidien de sportives, transmis une partie de qui elles sont, leurs ambitions, le système qui gravite autour d’elles. Fédérations, sponsors, médias, etc. Il était aussi question de la différence de revenus entre le sport amateur et professionnel. J’ai aimé l’humilité et le respect diffusés dans toute la pièce. Elles nous ont enseigné une belle leçon de vie. De toujours croire en ses rêves, et se battre pour les réaliser. J’espère de tout cœur qu’à mon humble niveau, j’aurais fait avancer le sport féminin de haut niveau“.

Une conférence en réponse à plusieurs interrogations

“L’idée d’une conférence est partie d’une question à laquelle je ne trouvais pas de réponse : pourquoi n’ai-je jamais entendu parler ou assisté à une conférence dédiée au sport féminin de haut niveau, avec l’avis de championnes actuelles ? Il est vrai qu’en France, on aime les débats sans inviter les principaux, ou principales concerné(e)s. Mais comme dans la vie, avoir un esprit critique c’est bien, mais faire c’est mieux ! Alors j’ai fait…”

Si vous aviez une baguette magique ?

Antoinette Nana Djimou : « Avoir le même salaire que les hommes ».

Grace Geyoro : « Pareil, gagner autant que les hommes ».

La devise d’Estelle Mossely : « L’envie et le travail ».

Le sportif qui l’inspire « Usan Bolt ».

*Heptathlon : 100 mètres haies, saut en hauteur. Lancer de poids, 200 mètres, saut en longueur. Lancer de javelot, 800 mètres.

Conférence organisée par Maya Meddeb, dirigeante de l’agence Beecommunications. Table ronde modérée par Bruno Lalande, vice-président de Sport Business, et Maya Meddeb.

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